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L’ « affaire » Carla Bruni-Sarkozy : une chronologie

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Voici une chronologie détaillée de « l’affaire Carla Bruni-Sarkozy » que j’ai contribué à révéler dans mon livre « J’aime pas le sarkozysme culturel » paru le 4 janvier 2012 (chapitre « Madame de Sarkozy », séquence sur la fondation Carla Bruni-Sarkozy, pp. 67-82) puis dans une longue enquête parue dans Marianne le 7 janvier 2012, enfin dans une série d’articles pour L’Express.

Au préalable de ce document, je tiens toutefois à rappeler – comme cela figure clairement dans mes enquêtes -, que le Fonds mondial de lutte contre le sida a joué depuis quinze ans un rôle déterminant et positif pour lutter contre la pandémie. Aujourd’hui, 3,3 millions de personnes sont en vie grâce aux traitements financés par le Fonds mondial, sur les 7 millions de personnes traitées, notamment en Afrique subsaharienne. Si diverses « évaporations » d’argent ont été prouvées, et si l’affaire Carla Bruni-Sarkozy, détaillée ci-dessous, est regrettable, il ne faut pas oublier qu’elles ne concernent qu’un montant infime des sommes utilisées depuis une décennie et que le bilan du Fonds est extraordinairement positif. De même, quelles que soient ses erreurs, le Prof. Michel Kazatchkine, qui dirigeait jusqu’à sa démission le Fonds, est un grand médecin qui n’a pas démérité. Pour connaître Michel Kazatchkine depuis plus de 20 ans, je peux attester qu’il fut un médecin remarquable et que l’histoire de la lutte contre l’épidémie lui doit beaucoup, tant en France qu’à travers le monde. Ce bilan personnel de Kazatchkine et ce résultat global du Fonds mondial ne doivent jamais être perdus de vue. Cela étant, il appartient aux chercheurs et aux journalistes d’investigation de faire aussi leur travail. Et s’il est possible que M. Kazatchkine ait été, à son corps défendant, la victime de proches conseillers de Carla Bruni-Sarkozy, qui ont précipité sa chute en dépit de ce bilan très honorable, il est également important de tenter de comprendre ce qui s’est réellement passé. La lutte contre le sida sera mieux financée et le Fonds mondial sera plus légitime si des affaires comme celle-ci sont dévoilées par la presse et si elles ne se reproduisent plus.

FM

 

CHRONOLOGIE DE « l’AFFAIRE » CARLA BRUNI-SARKOZY

(mise à jour le 30 Juin 2016)

 

2002 – Création d’une nouvelle organisation des Nations Unies, à Genève : le Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme. D’abord hébergé au sein de l’OMS, l’Organisation Mondiale de la Santé, c’est depuis 2002 une fondation à part entière de droit suisse.

Février 2007 – Un grand médecin français de réputation internationale, Michel Kazatchkine, devient directeur exécutif du Fonds Mondial.

Septembre 2008 – Carla Bruni-Sarkozy déjeune avec Laura Bush à New York et parle d’illettrisme avec elle (Mme Bush anime depuis de longues années une fondation spécialisée dans la lecture, les bibliothèques et la lutte contre l’illettrisme). Peu après Carla Bruni-Sarkozy lance sa propre fondation contre l’illettrisme. (Voir sur ce sujet mon livre, ses notes de bas de page, ainsi que la biographie de Carla Bruni, Carla, Une Vie secrète, signée par Besma Lahouri, Flammarion, 2010).

1er décembre 2008 – Carla Bruni est officiellement nommée « ambassadrice de la protection de la mère et de l’enfant contre le sida » par le Fonds mondial de lutte contre le sida (ainsi que – mais ce point n’est pas clair – de l’Onu-Sida et l’Unicef ; à Onu-Sida on dément, par exemple, depuis, qu’elle ait été leur ambassadrice).

Février 2009 – Carla Bruni-Sarkozy et Michel Kazatchkine sont ensemble en voyage au Burkina Faso. On les retrouve à l’Assemblée générale des Nations Unies à New York en septembre 2009, au Bénin en janvier 2010, ou encore en Inde. A chaque fois, Carla Bruni prend la parole. Elle explique qu’elle s’engage « pour que les entreprises privées contribuent au fonds mondial » et rappelle que « le sida n’est pas seulement l’affaire des gouvernements ». Sa légitimité ? Elle parle « en tant qu’ambassadrice du Fonds mondial et aussi en utilisant les rencontres exceptionnelles » que lui offre sa position officielle d’épouse du chef de l’État français, Nicolas Sarkozy. Elle explique qu’elle va « sur le terrain le plus possible grâce à mes déplacements officiels qui ne [sont] plus seulement la représentation de mon pays et l’accompagnement de mon mari mais aussi quelque chose que je peux moi-même initier [contre le sida] ». Certains journalistes qui la suivent notent cependant qu’elle « joue la star » dans ces déplacements.

23 avril 2009 – Carla Bruni-Sarkozy lance officiellement la fondation Carla Bruni-Sarkozy.

Septembre 2009 – Début véritable des opérations de la fondation Carla Bruni-Sarkozy. Souvent, cette fondation est présentée dans les médias comme s’occupant du sida (Carla Bruni-Sarkozy laisse elle-même planer l’ambiguïté), or la fondation n’a pas, par ses statuts, de rapports avec la lutte contre le sida et ne semble pas être habilitée à intervenir à l’international.

Fin 2010-Début 2011 – La presse fait état de soupçons d’« évaporation » de subventions du Fonds mondial de lutte contre le sida. En Ouganda dès 2008, et en Indonésie en 2009, des fraudes avaient déjà été pointées mais elles s’aggravent avec de nouvelles révélations en 2011 : des fraudes « de grande ampleur » sont diagnostiquées au sein du Fonds mondial. 34 millions de dollars de subventions ont été siphonnés ou détournés dans quatre pays (Zambie, Mali, Mauritanie et à Djibouti), reconnaît officiellement, au printemps 2011, Michel Kazatchkine.

Mai 2011 – Conseil d’administration du Fonds mondial à Genève. Vives tensions. Le CA du Fonds mondial se saisit du problème et déclenche une enquête indépendante menée par un comité d’audit et d’éthique de haut niveau, créé spécialement. Il est présidé par Michael O. Leavitt, un citoyen américain, républicain qui a été gouverneur de l’Utah et qui fut l’ancien ministre de la santé du président George W. Bush, auquel a été adjoint Festus Mogae, ancien président du Botswana. Tous les comptes sont passés au peigne fin. [J’ai interrogé plusieurs membres de ce comité]

26-27 septembre 2011 – Remise du rapport du comité d’audit lors d’un conseil d’administration exceptionnel du Fonds Mondial à Genève. « L’ampleur des problèmes rencontrés dans le portefeuille de subventions » est tel qu’une réforme complète de la gouvernance du Fonds mondial est décidée, des « procédures de signalement d’irrégularités » mises en place et une nouvelle « politique d’éthique et de conflits d’intérêts » élaborée (selon le compte-rendu de ce conseil d’administration de crise que j’ai pu consulter). Un des membres de ce comité d’audit, que j’ai interrogé aux États-Unis, confirme l’ampleur de la crise mais estime qu’elle est liée à une « crise de croissance ». Et ajoute : « Il faut plus de rigueur ».

21-22 novembre 2011 – Conseil d’administration à Accra (Ghana). Le président du board, Simon Bland, un diplomate anglais de haut niveau, fait sortir tous les membres du Conseil d’administration sans droit de vote (y compris M. Kazatchkine qui n’assiste plus au CA et qui ne sait donc pas ce qui va s’y dérouler, comme il me l’a confirmé directement lors d’un entretien) pour dévoiler ce qu’il sait en comité restreint et à huis clos. Il fait état d’un nouveau rapport indépendant d’un autre comité d’audit anglais qu’il a parallèlement mandaté et surtout de documents confidentiels qui lui ont été remis par l’ancien directeur financier du Fonds mondial, écarté par Michel Kazatchkine. C’est par lui que le scandale qui touche la France éclate. Des sommes d’argent importantes ont été versées par le Fonds mondial, et attribuées sous l’influence de Julien Civange (un proche ami de Carla Bruni-Sarkozy, son témoin de mariage en 2008 avec Nicolas Sarkozy, et officiellement chargé de mission rémunéré à l’Elysée), à une vingtaine de sociétés. Dont une société au moins appartenant à Julien Civange, Mars Browsers, et plusieurs sociétés françaises et anglaises, dont une au moins tenue par un de ses amis, et qui ont financé notamment le site personnel de Carla Bruni-Sarkozy. Enfin, on découvre que la marque Born Hiv Free appartient à une autre société de M. Julien Civange, RH et Cie, une SARL fondée en août 2010. Deux diplomates américains de haut niveau, Eric Goosby, l’ambassadeur « sida » des États-Unis et proche de Barack Obama, et John Monahan, conseiller spécial d’Hillary Clinton, interviennent au nom de la Secrétaire d’État américaine lors du board d’Accra en des termes incroyablement durs : ils demandent la démission immédiate de M. Kazatchkine et affirment que les États-Unis ne paieront plus leur contribution au Fonds tant que Kazatchkine sera en poste.

22 novembre 2011 – Après un accord, au plus haut niveau, entre la France et les États-Unis (a minima entre l’Élysée et le Département d’État, sinon – ce point n’est pas confirmé – entre Nicolas Sarkozy lui-même avec Hillary Clinton et/ou Barack Obama), Michel Kazatchkine est démissionné de fait, sinon de droit. Concrètement, il est démis de ses principales fonctions opérationnelles, un poste de « General Manager » est créé, qui reprend ses responsabilités, et reportera directement au board. C’est le latino-américain Gabriel Jaramillo, un banquier de tout premier plan, qui est nommé pour le « remplacer ». Il doit prendre ses fonctions fin janvier 2012. Mais Michel Kazatchkine est « sauvé » par Nicolas Sarkozy : sa démission de fait est acquise, mais sa démission de droit, officielle, n’aura lieu qu’en mai 2012, après le second tour des présidentielles.

Décembre 2011 – Patrice Debré, immunologue de très bonne réputation, nommé ambassadeur de France chargé de la lutte contre le sida, par Nicolas Sarkozy, et à ce titre représentant français au Conseil d’administration du Fonds mondial, est démissionné par le chef de l’Etat (de sources fiables et concordantes, la raison de sa démission est que M. Sarkozy lui a reproché de ne pas l’avoir alerté en amont sur les financements hasardeux concernant Julien Civange, et donc indirectement son épouse). Debré, qui n’a commis aucune faute, est choqué par ce renvoi et le fait savoir. Il est immédiatement remplacé au Conseil d’administration du Fonds mondial par une diplomate chevronnée, Mireille Guigaz, ancienne ambassadrice de France auprès de l’Organisation pour l’Agriculture et l’Alimentation des Nations Unies. La démission de Debré de son poste d’ambassadeur sera tenue secrète, niée par le Quai d’Orsay, mais finalement officialisée le 8 janvier. [J’ai interrogé les acteurs clés de ce conflit]

4 janvier 2012 – Parution de mon livre J’aime pas le sarkozysme culturel, dans lequel un chapitre (« Madame de Sarkozy »), est consacré à Carla Bruni-Sarkozy, pp. 67-82. Cette séquence est notamment très critique à l’égard de la fondation Carla Bruni-Sarkozy et lance le débat sur la philanthropie de Carla Bruni. 

6-7 janvier 2012 – Marianne publie le 7 janvier en « une » et sur 6 pages mon article : il est intitulé « Enquête sur la philanthrope Carla Bruni-Sarkozy ». Dévoilée par une brève sur le site Marianne 2 dès le 6 janvier (la brève comportait quelques erreurs, qui ne figurent pas dans l’article), l’enquête suscite immédiatement des centaines d’articles dans une quinzaine de pays. Dont des pages entières et des « unes » de journaux en Italie, Angleterre (voir par exemple ici le Daily Mail), Espagne, Canada, Suisse etc. BFM TV ouvre son journal sur le sujet : voir la vidéo. Le 6 janvier en fin d’après-midi, le Fonds mondial de lutte contre le sida publie un démenti qui ne remet nullement en cause les informations de l’enquête de Marianne (sauf sur le montant exact des sommes concernées, 2,8 millions de dollars dit le Fonds au lieu des 3,5 millions évoqués par Marianne). Carla Bruni-Sarkozy publie elle-même un communiqué sur son propre site, le 6 janvier en fin de soirée : « Aucun argent public n’a jamais été reçu par la Fondation » précise-t-elle (ce communiqué n’est plus disponible aujourd’hui ; mais Marianne n’a jamais affirmé le contraire).

11 janvier – Le Canard Enchaîné (Hervé Liffran) publie un article « Les prodiges financiers du protégé de Carla » dans lequel il confirme l’essentiel des révélations de Marianne et ajoute une précision spectaculaire : la présidence de la République confirme bien que Julien Civange est rémunéré par l’Elysée comme chargé de mission via une autre de ses sociétés. Le Canard ajoute que les sociétés de Civange (celle qui a reçu l’argent du Fonds mondial, Mars Browsers, comme celle par laquelle il est rémunéré par l’Elysée, probablement RH & Cie) n’ont pas déposé leurs comptes au greffe du tribunal de commerce, ce qui est illégal.

12 janvier – Carla Bruni-Sarkozy effectue une « sortie » au nom de sa fondation à l’hôpital de Garches en compagnie d’enfants handicapés et donne une courte interview au Parisien. Dans Soir 3 (France 3), elle intervient également le même jour et affirme à propos de mon enquête de Marianne : « Je crois que l’auteur de cet article est en promotion d’un livre. Un livre contre mon mari d’ailleurs. Je crois qu’il y a cette campagne présidentielle et cet article a plus de rapport avec ça. L’article contient d’ailleurs plein d’erreurs, plein d’amalgames. Et ça me permet de dire au passage que je suis très fière du travail de la fondation. Nous avons une équipe de trois personnes. Nous avons déjà collecté beaucoup d’argent et reversé plus de la moitié. Tout est transparent dans ce que nous faisons ». [Je viens en effet de publier J’aime pas le Sarkozysme culturel chez Flammarion, dans lequel un chapitre très critique est consacré à Carla Bruni-Sarkozy et à sa fondation ; mais l’enquête de Marianne est surtout liée à un évènement qui a eu lieu à Accra fin novembre 2011, soit après le bouclage du livre].

14 janvier – Le site Mediapart (Carine Fouteau & Michaël Hajdenberg) confirme la plupart des informations de l’enquête de Marianne. D’une part, le Fonds mondial de lutte contre le sida (après avoir nié ce point pendant plusieurs jours), confirme, y compris sur son site [lien non disponible aujourd’hui], avoir bien attribué 2,2 millions de dollars « sans appel d’offre ». Une partie de ces sommes est bien allée à la société de Julien Civange, Mars Browsers, à hauteur de 580.000 Euros (730.000 dollars). Mais il y a plus : outre la société de M. Civange, une autre société « La Fabrique du Net » a également été payée par le Fonds mondial à hauteur de 132 756 euros pour réaliser la partie « lutte contre le sida » du site carlabrunisarkozy.org. Cette somme n’a pas été incluse dans l’opération Born Hiv Free, mais est en complément. Et, bien sûr, elle n’a fait l’objet d’aucun appel d’offre. Elle a servi à financer le site de Carla Bruni-Sarkozy. Le chiffre du Fonds mondial de 2,8 millions est donc déjà dépassé… et on s’approche des 3,5 millions de dollars cité par Marianne.

15 janvier – Le site Numerama (Guillaume Champeau) s’intéresse à cette nouvelle société, La Fabrique du Net. Et découvre qu’il s’agit d’une SARL qui a un actionnaire unique, M. Jérôme Blouin. Celui-ci est proche de l’Elysée, de M. Civange et de la Première Dame de France.

17 janvier – Le site Rue89 (Augustin Scalbert) reprend l’ensemble du déroulé de l’affaire et pose toute une série de questions à l’Elysée comme à la Première Dame de France. Rue89 écrit : « Depuis, les révélations [de Marianne] ont été précisées et confirmées, sans que les réponses des personnes mises en cause n’en remettent en cause le caractère dérangeant : un proche de Carla Bruni-Sarkozy a bénéficié de plusieurs centaines de milliers d’euros issus du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dans des conditions controversées« .

19 janvier – La presse anglaise obtient du Fonds mondial la confirmation de la plupart des informations de Marianne dans un échange officiel écrit avec le Fonds. Elle apprend surtout qu’une société anglaise, Red Design, qui a reçu du Fonds mondial 175.000 livres (UK Pounds) travaillait, elle aussi, depuis 2009 déjà avec l’Elysée et Mme Carla Bruni-Sarkozy. Financée par le Fonds mondial, toujours sans appel d’offre, elle aurait notamment réalisé le site personnel de la Première Dame de France. C’est le volet britannique de l’affaire sur lequel travaillent actuellement plusieurs journalistes anglais.

20-23 janvier – Selon nos informations, M. Gabriel Jaramillo (banquier latino-américain de tout premier plan), pressenti pour être « General Manager » du Fonds mondial, et remplacer de fait M. Kazatchkine, aurait menacé de renoncer à ce poste si M. Kazatchkine continuait à assumer des responsabilités, et notamment le droit de signature de certaines décisions, ce qui empêchait M. Jaramillo de prendre ses fonctions comme prévu. La démission de M. Kazatchkine devient inévitable et il est décidé de l’accélérer. Surtout, le Conseil d’administration du Fonds s’oriente vers la nomination de M. Jaramillo à la place de M. Kazatchkine, au poste de directeur exécutif, alors qu’il ne s’agissait initialement que de le seconder, à travers un poste de « General Manager ».

24 janvier – Michel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial, annonce sa démission. Le Fonds mondial affirme dans un communiqué que ce départ est indépendant des financements controversés liés à M. Julien Civange, ami et conseiller de Mme Carla Bruni-Sarkozy. De sources concordantes, à la fois diplomatiques et au plus haut niveau au sein du Fonds Mondial, il nous est toutefois rapporté que ces éléments ont bel et bien précipité la chute de M. Kazatchkine. Dans la soirée, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, regrette officiellement la démission de M. Kazatchkine. Pour la seconde fois, et après Dominique Strauss-Kahn, la France perd un des postes importants des Nations Unies.

27 janvier – Dans Le Monde daté du 28/29 janvier 2012, Ariane Chemin publie un long portrait de Julien Civange, le personnage central de l’affaire Carla Bruni-Sarkozy. Annoncé à la « une », cet article fouillé et minutieux apporte de nouvelles révélations de toute première importance.

31 janvier – A l’occasion des dix ans du Fonds mondial de lutte contre le sida, plusieurs points de vue et éditoriaux sont publiés dans la presse afin de souligner qu’au-delà des polémiques et des affaires en cours, le bilan du Fonds mondial est plus que positif, et que le Prof. Michel Kazatchkine n’a pas démérité : Financial Time et New York Times.

1er février – Le magazine Les Inrockuptibles (David Doucet et Pierre Siankowski) publie en ouverture une enquête « évènement » intitulée : « Civange-Bruni, camarades de Clash ». Où l’on apprend que sur bien des points Julien Civange a falsifié sa biographie (la légende de l’envoi de sa musique dans l’espace est, par exemple, largement fausse). Surtout, les Inrocks publient une incroyable photo où Civange est à New York en juillet 2009 aux côtés de Nicolas Sarkozy.

2 février – Selon la presse, Nicolas Sarkozy a dénoncé les attaques contre son épouse. Il n’admet pas que Marianne ait critiqué Carla, notamment « à propos de sa fondation contre le sida et de la manière dont elle s’est entourée » : « On n’a pas besoin de salir ma femme ! C’est gratuit, méchant, machiste » (cité par Le Nouvel Observateur, 2 février 2012).

3 février – Michel Kazatchkine, directeur démissionnaire du Fonds mondial, publie un droit de réponse dans Libération. Il précise : « Je redis ici que [ma démission] n’est d’aucune façon liée aux rumeurs et allégations autour de la campagne Born Hiv Free lancées par le journal Marianne et reprises par votre journal sans vérification des faits, malgré plusieurs démentis du Fonds ».

2-8 février 2012 – Paris Match fait sa « une » et 6 pages sur la fondation de Carla Bruni-Sarkozy. Laquelle fait dire à l’un de ses proches, cité par Match : « Les histoires de prise illégale d’intérêts, c’est n’importe quoi. Il n’y a eu ni malversation, ni extorsion de fonds. Tout est fait dans la légalité. C’est un mauvais procès qui arrive en pleine période électorale. Regardez le sourire des enfants ! ».

8 mars 2012 – Invitée d’Alessandra Sublet dans « C’ à vous » sur France 5, Carla Bruni-Sarkozy revient longuement sur la polémique concernant sa philanthropie. Et me critique nommément suite à une question de Patrick Cohen. Elle dénonce les journalistes « Pinocchio ».

29 mars 2012 – Dans le livre de Nicole Leibowitz et Elisabeth Schemla, Pour le meilleur et pour le pire (Flammarion), Carla Bruni-Sarkozy répond encore à la polémique : « Cet article à sensation est écrit par un journaliste qui a le mérite d’être clair dans ses intentions et d’avancer à visage découvert. Il clame haut et fort son hostilité envers mon mari, anime un blog militant en ce sens et publie un livre contre lui la même semaine ». Et Mme Bruni-Sarkozy de poursuivre : « [L’enquête] comporte des insinuations sans fondement et d’amalgames totalement tirés par les cheveux. Je ne prendrai même pas la peine de répondre point par point aux insinuations et accusations portées contre moi ou même contre mon mari et qui pour certaines sont d’un farfelu presque comique ».

30 mars 2012 – Dans un long entretien au magazine Elle, Carla Bruni-Sarkozy revient sur la polémique : « Ce n’était pas une polémique mais un papier plein d’inexactitudes et de mensonges, qui, à des fins purement politiciennes, n’hésitait pas à remettre en cause l’intégrité du Fonds mondial… » (Elle, 30 mars 2012, p. 14-16).

31 octobre 2015 – Selon l’AFP, repris par plusieurs médias, dont Le Point ou l’Express, plus de trois ans après la polémique, les archives d’Hillary Clinton, alors Secrétaire d’État américaine, confirment l’enquête de Marianne et les raisons du départ de Michel Kazachkine.

Juillet 2016 – Aujourd’hui, la fondation Carla Bruni-Sarkozy ne fait plus beaucoup parler d’elle. Son site web est rarement mis à jour.

 

 

Au sujet des démentis du Fonds Mondial. A plusieurs reprises à partir du 7 janvier 2012, le Fonds Mondial a publié des démentis qui faisaient suite aux articles de la presse française. Il a tout d’abord nié vivement et entièrement les faits du journal Marianne : tous les appels d’offres avaient été passés en bonne et dûe forme et aucun argent du Fonds n’avait été transmis à des proches de Carla Bruni-Sarkozy. Mais bientôt, suite à un article du Canard Enchaîné notamment, le Fonds a bien été obligé de reconnaître : 1. que des sommes avaient été versées sans appel d’offres (pour 2,2 millions de dollars quand même) et 2. qu’une partie de ces sommes étaient allées à des sociétés gérées par des proches de Mme Bruni-Sarkozy (voir Mediapart). Le Fonds a ensuite nié le fait que M. Kazatchkine avait été démissionné de fait à Accra, traitant les révélations de Marianne de fausses, tandis que le Quai d’Orsay démentait la démission de l’ambassadeur Patrice Debré. Finalement, la démission de M. Kazatchkine a été confirmée le 24 janvier… et celle de M. Debré, juste avant… Les archives d’Hillary Clinton ont également confirmé l’enquête de Marianne. Le Fonds a également nié la somme de 3,5 millions de dollars évoqué par Marianne, pour dire qu’il ne s’agissait « que de 2,8 millions de dollars ». Or, par la suite, le Fonds a bel et bien reconnu (voir Mediapart et Numerama), qu’en plus de la campagne Born Hiv Free, une somme de 132 756 euros avait bien été versée à une autre société d’un proche de M. Civange et de Mme Carla Bruni-Sarkozy, « La Fabrique du Net », dont le gérant est M. Jérôme Blouin, pour réaliser la partie « lutte contre le sida » du site carlabrunisarkozy.org. Or, une enquête du journal Le Monde a aussi confirmé par la suite que M. Blouin travaillait aussi à l’Elysée. Une nouvelle fois, les démentis du Fonds étaient, à tout le moins,  incomplets : il y a donc bien eu, d’une part, plus que 2,8 millions d’Euros versés, et, d’autre part, cela a bien servi à financer le site de Carla Bruni-Sarkozy. Et de sources internes au Fonds Mondial, il nous a été confirmé que la démission de Michel Kazatchkina a bien été précipitée par l’affaire Carla Bruni-Sarkozy (ce qui a été prouvé depuis par les archives Clinton). Un des principaux dirigeants des Nations Unies, en charge de la lutte contre le sida, a confirmé, lui aussi, aux journalistes du Monde, que « Michel Kazatchkine est tombé à cause de l’affaire Carla Bruni-Sarkozy ». Les articles de Marianne ont donc été nourris d’informations recoupées et confirmées par des sources fiables et concordantes, y compris en provenance du Fonds mondial. (FM)

SOURCES DE L’AFFAIRE CARLA BRUNI-SARKOZYMarianne ; Le Monde ; Rue89 ; Mediapart Numerama ;  Les Inrockuptibles ; Le Canard Enchaîné (11 janvier 2012) ; les révélations des archives d’Hillary Clinton, alors Secretary of State (AFP, Le Point et l’Express) ; ainsi que mon livre, J’aime pas le sarkozysme culturel paru chez Flammarion (janvier 2012). Voir également l’extrait de France 3 où Carla Bruni-Sarkozy répond à la polémique et se défend, en attaquant « un livre contre son mari » (voir la vidéo). Et suivez l’actualité de cette affaire sur Twitter : @martelf

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